Réuni le 29 janvier en Beaune, la 10ème édition de Vinosphère-Bourgogne a proposé des clés pour anticiper l’avenir. Structuré autour de trois tables rondes (à laquelle notre collègue Alexia Mercorelli a participé), ce rendez-vous de la filière a proposé un regard croisé entre sciences humaines, marketing, œnotourisme. La question n’est plus « comment innover technologiquement ? » mais « comment re-lier ? »

RE-LIER ne relève pas uniquement d’une posture philosophique autour du « vivre ensemble ». C’est avant tout une stratégie d’adaptation dans un monde en profonde mutation. Ces transformations – climatiques, technologiques, territoriales et sociales – placent aujourd’hui l’œnotourisme face à des défis majeurs, qui interrogent à la fois ses modèles économiques, ses pratiques et sa capacité à faire territoire.

Le défi climatique

Ces bouleversements créent une instabilité croissante. Face à ces pressions, l’œnotourisme est devenu un levier de résilience économique. En 2023, la France a accueilli 12 millions d’œnotouristes, générant 7 milliards d’euros de recettes (Atout France/Deloitte). En 2050, les domaines que nous rencontrerons ne seront pas tous ceux qui existent aujourd’hui. Ce seront ceux qui auront su se diversifier, s’émanciper de la seule dépendance à la vente de vin. L’œnotourisme est devenu une condition de pérennité.

La viticulture française est directement impactée. Les vendanges commencent plusieurs semaines plus tôt qu’il y a 40 ans (INRAE, projet Laccave). Les vins se modifient : augmentation du degré alcoolique, baisse d’acidité, modifications aromatiques. En 2024, la récolte était inférieure de 22% à celle de 2023, marquée par le gel, la grêle, le mildiou et l’oïdium (Ministère de l’Agriculture).

Le défi technologique

L’intelligence artificielle s’impose avec des apports mesurables. Prévision des gelées et maladies, optimisation de l’irrigation, automatisation administrative avec gains de temps de 30 à 40%. Ce temps libéré devrait permettre de se recentrer sur l’accueil. Des enjeux émergent : standardisation des pratiques, menaces sur l’emploi, déshumanisation de l’expérience quand les algorithmes remplacent les interactions humaines. L’enjeu n’est pas de rejeter ou d’adopter l’IA, mais de la positionner comme outil au service de l’humain : automatiser l’administratif pour libérer du temps vers l’accueil authentique et la transmission.

Le défi territorial

Pression foncière, tensions sur la ressource en eau, cohabitation difficile entre habitants permanents et flux touristiques, répartition asymétrique de la valeur. L’archipelisation de notre société se lit dans ces territoires viticoles.

Le défi de la professionnalisation

Produire du vin ne suffit plus. L’œnotourisme nécessite des compétences touristiques réelles – conception d’expériences, gestion de la relation client – que la plupart des acteurs doivent encore acquérir.

Face à ces enjeux, un paradoxe émerge. Plus la digitalisation progresse, plus les visiteurs recherchent l’authenticité des liens humains. Plus les territoires se fragmentent, plus la demande de collectif s’intensifie.

L’œnotourisme de 2050 ne se définira pas par ses outils technologiques, mais par sa capacité à recréer du lien dans un monde fragmenté. La question n’est plus « comment innover technologiquement ? » mais « comment re-lier ? »

Contact : alexia.mercorelli@protourisme.com