30 .05.2026
Alors que le débat public s’enflamme régulièrement autour du surtourisme, Didier Arino, directeur général de Protourisme, propose un renversement de perspective. Invité en direct d’Arcachon sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, il défend un secteur trop souvent critiqué, rappelle sa dépendance à la météo et au pouvoir d’achat, et alerte sur un enjeu concret du littoral aquitain : la surveillance des plages.
Cesser de critiquer un secteur profondément vertueux
Le message de Didier Arino est clair : il est temps de changer de regard sur le tourisme. Loin des fantasmes, il rappelle l’importance de ce secteur pour l’ensemble de l’économie et la création d’emplois.
« La première chose à faire, c’est arrêter de critiquer ce secteur qui est véritablement vertueux et dans lequel il y a des fantasmes sur le surtourisme qui n’existent pas. »
Car le tourisme ne vit pas en vase clos. Il irrigue tout un écosystème local : les viticulteurs, les ostréiculteurs, les producteurs de terroir. En Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs, c’est un puissant levier de rayonnement des territoires, et les vacanciers y sont déjà plutôt bien accueillis. L’enjeu n’est pas de réduire le tourisme, mais de mieux comprendre tout ce qu’il apporte.
Un secteur suspendu à la météo
Deuxième réalité souvent sous-estimée : la dépendance extrême du tourisme aux conditions climatiques. L’épisode caniculaire récent l’a parfaitement illustré.
Quand il fait trop chaud, les touristes désertent les villes et les sites de visite pour se concentrer sur le littoral et les zones de lac. Le week-end précédent, les hôtels du littoral affichaient complet, pendant que la fréquentation et la consommation chutaient dans tous les autres espaces.
« Quand il fait trop chaud, il n’y a pas de consommation, et quand il fait mauvais (…), on a une diminution de la fréquentation par rapport à ce qui était attendu. »
La météo agit donc dans les deux sens : la canicule concentre les flux sur quelques territoires au détriment des autres, tandis que le mauvais temps, comme lors des deux ponts précédents, fait mécaniquement baisser fréquentation et dépenses.
Des ponts de mai décevants malgré une belle avance
Le mois de mai, riche en jours fériés et en ponts, laissait pourtant espérer une belle saison. Avant la guerre en Iran et la hausse des prix des carburants, l’avance de réservation était considérable.
Le résultat s’est révélé en deçà des attentes. La fréquentation reste correcte, mais nettement inférieure à ce que le secteur pouvait espérer.
En période de pouvoir d’achat contraint et de carburants en hausse, les touristes mais aussi les excursionnistes et les Aquitains eux-mêmes ne partent que lorsque toutes les conditions sont réunies : une météo favorable, un budget maîtrisé, un coût de transport acceptable et, surtout, de la confiance dans l’avenir.
C’est ce qui fait du tourisme un formidable baromètre du moral des Français.
Un double effet sur les clientèles
À la contrainte budgétaire s’ajoute un phénomène géopolitique.
La défiance envers le tourisme international joue dans les deux sens.
Si moins de Français partent à l’étranger, la France accueille aussi moins de visiteurs étrangers.
Ce double mouvement pèse sur les territoires et explique une fréquentation printanière un peu décevante, quoique correcte.
L’inquiétude se porte désormais sur l’été, avec un retard de réservation actuellement estimé à environ 5%.
Le vrai sujet du littoral : la surveillance des plages
Interrogé sur la question du surtourisme sur les plages aquitaines, après les noyades dramatiques survenues cette semaine, Didier Arino recentre le débat sur l’essentiel : ce qui manque, ce n’est pas de la place, c’est de la surveillance.
Autrefois assumée par l’État, la surveillance des plages relève aujourd’hui des collectivités. Un défi de taille compte tenu de la longueur du littoral néo-aquitain, qui passe aussi par un effort constant d’information et de sensibilisation.
Ces drames concernent les touristes, mais aussi les habitants de Nouvelle-Aquitaine, qu’il faut également sensibiliser à ces risques.
Mieux répartir plutôt que réduire
L’analyse de Didier Arino invite à sortir d’une opposition stérile entre tourisme et territoire. La majorité des territoires français ne souffrent pas de surtourisme, mais bien de sous-tourisme.
Le véritable enjeu n’est donc pas de réduire le tourisme, mais de mieux le répartir, de mieux le valoriser et de mieux faire comprendre tout ce qu’il apporte à notre économie, à nos emplois et à nos territoires. Un changement de discours qui, plus que jamais, s’impose.