12 .05.2026
800 000 Français renoncent à partir à l’étranger.
1,5 million hésitent encore.
La saison touristique 2026 se recompose sous nos yeux, portée par un double phénomène de crise géopolitique et de pression économique sur le pouvoir d’achat des ménages.
Invité sur France Info, Didier Arino, directeur général de Protourisme, livre sa lecture d’une saison qui s’annonce contrasté
Moins loin, moins cher, moins longtemps : le réflexe de crise
On retrouve un comportement bien connu en période d’instabilité. Les vacanciers français arbitrent. Parfois sept jours de vacances se transforment en cinq. Parfois en simple court séjour. La proximité devient le premier critère de choix, devant la découverte ou le dépaysement.
Ce réflexe n’est pas nouveau. Il s’était déjà manifesté lors du Covid, lors des attentats, lors de chaque grande crise qui a traversé le secteur touristique ces vingt dernières années. Mais il prend aujourd’hui une forme particulièrement marquée, amplifiée par deux phénomènes distincts.
Peur et carburant : les deux moteurs du repli
La guerre au Moyen-Orient a d’abord généré une peur réelle des voyages lointains. Les images de Français bloqués à l’étranger, les annulations de vols, l’incertitude permanente sur l’évolution du conflit tout cela a eu un impact considérable sur l’envie de voyager, bien au-delà des seules destinations directement concernées.
Le second phénomène est d’ordre économique et psychologique. La hausse des prix des carburants pèse sur le budget réel des ménages, notamment pour ceux qui dépendent de leur véhicule au quotidien. Mais son impact dépasse la seule réalité comptable.
« Vingt centimes d’écart à la pompe ne changent pas fondamentalement un budget vacances. Mais ils poussent les vacanciers à rester proches », analyse Didier Arino.
Un chiffre illustre l’ampleur de la pression sur les ménages : 55% des foyers qui partent en vacances font déjà des sacrifices sur d’autres postes budgétaires. Dans ce contexte, chaque signal négatif hausse des prix, images anxiogènes, incertitude géopolitique renforce le réflexe de proximité.
La France, destination refuge ?
Cette recomposition des flux touristiques ouvre une fenêtre d’opportunité réelle pour les destinations françaises. Notre position au cœur de l’Europe constitue un atout compétitif majeur dans ce contexte. Pour un Belge, un Néerlandais, un Allemand, la France reste la destination la plus proche et la plus accessible d’autant plus attractive que les prix du transport aérien long-courrier s’envolent.
30% des vacanciers français partiront en vacances dans leur propre région cet été. Les destinations franco-françaises proposant des prix attractifs devraient bénéficier d’un afflux de réservations, y compris de dernière minute.
Une recomposition qui ne profitera pas à tous
Didier Arino invite cependant à nuancer ce tableau. Cette recomposition des flux ne sera pas uniformément bénéfique pour l’ensemble du secteur touristique français.
Les grands perdants de cette saison sont déjà identifiables : Paris et l’hôtellerie haut de gamme, l’industrie du luxe et les grands magasins, les restaurateurs et les petits sites de visite payants. Ces acteurs dépendent fortement des clientèles étrangères lointaines américaines, asiatiques, moyen-orientales dont la baisse de fréquentation se fait déjà sentir.
À l’inverse, les territoires bien positionnés sur les clientèles de proximité et les destinations franco-françaises accessibles devraient connaître une belle saison, pour peu que la météorologie soit au rendez-vous.
La variable déterminante
Face à l’inquiétude légitime des professionnels du tourisme, Didier Arino apporte une lecture pragmatique. Une seule variable sera véritablement déterminante dans l’évaluation de l’impact réel du conflit sur la saison.
« S’il n’y a pas de victimes parmi les touristes, le secteur s’en remettra. La résilience du tourisme mondial l’a déjà prouvé. »
En revanche, si la guerre s’intensifie et que les images de touristes en danger se multiplient, ce sera un arrêt brutal et immédiat des réservations. L’impact sera d’autant plus fort que la durée du conflit s’allongera et que la médiatisation sera massive.