17 .03.2026
Depuis le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient fin février, le tourisme français enregistre ses premières secousses concrètes. Didier Arino, directeur de Protourisme, chiffre l’impact réel sur les intentions de départ et alerte sur un effet domino qui dépasse largement les seules destinations du conflit.

Des chiffres qui mesurent l’ampleur du choc
Avant le début du conflit le 28 février, 9,3 millions de Français envisageaient de partir en vacances à l’étranger cet été, soit 400 000 de plus que l’an dernier à la même époque. Une dynamique prometteuse, brutalement interrompue.
Selon un sondage réalisé du 7 au 11 mars auprès de 984 personnes, ils ne sont plus que 8,5 millions à l’envisager désormais. C’est 800 000 de moins en l’espace de six semaines seulement, par rapport à la même enquête réalisée par Protourisme pour le Panorama des Vacances des Français 2026.
En parallèle, les professionnels des voyages à forfait enregistrent déjà une chute d’environ 35% des réservations vers les pays touristiques du Proche et du Moyen-Orient, mais aussi vers l’Asie.
Un effet de contagion au-delà du Moyen-Orient
Ce qui frappe dans ces chiffres, c’est l’étendue géographique de la défiance. Parmi les 800 000 vacanciers français déclarant renoncer à partir à l’étranger :
- Plus de 40% envisageaient un séjour au Proche ou au Moyen-Orient
- 30% avaient pour destination l’Asie ou l’Océanie
- 15% le Maghreb
- 10% la Grèce et la Turquie
- 5% les États-Unis
La crise ne frappe donc pas qu’une zone géographique circonscrite. Elle installe un climat d’incertitude globale qui touche des destinations n’ayant aucun lien direct avec le conflit. À cela s’ajoute un facteur aggravant : la hausse des tarifs aériens due aux surcharges carburant, qui accentue encore la tentation de rester à quai.
Le facteur psychologique : l’image comme déclencheur
Au-delà des chiffres, Didier Arino pointe un mécanisme bien connu du secteur : l’impact de l’image médiatique sur les comportements de voyage.
« Les images des Français bloqués à l’étranger sans solution de rapatriement ont un impact considérable sur l’envie de voyager. »
Ce n’est pas tant le risque objectif qui paralyse les décisions, mais la perception du risque, alimentée en continu par le traitement médiatique. Un phénomène déjà observé lors des grandes crises précédentes — attentats, pandémie — et qui peut durer bien au-delà du conflit lui-même.
Près de 1,5 million de vacanciers supplémentaires indiquent par ailleurs être susceptibles de changer de destination si la crise perdure. Un chiffre qui donne la mesure de la fragilité du momentum touristique actuel.
La France, destination refuge : opportunité et menace
Face à ce contexte, une question s’impose : la France peut-elle tirer son épingle du jeu en devenant une destination refuge ?
La réponse de Didier Arino est nuancée.
« Plus la crise perdurera, plus les vacanciers envisageront de rester en France au bénéfice des destinations hexagonales. Mais à l’inverse, les opérateurs dépendant des clientèles étrangères long-courrier à forte contribution pourraient pâtir de cette situation, comme on le voit déjà dans l’hôtellerie parisienne. »
La France joue donc sur deux tableaux à la fois. D’un côté, un potentiel gain de fréquentation domestique pour les régions et les acteurs du tourisme intérieur. De l’autre, une menace réelle pour les acteurs dépendant des flux internationaux entrants — hôtellerie haut de gamme parisienne en tête — qui voient déjà leurs clientèles long-courrier se réduire.