Analyse de Didier Arino, directeur de Protourisme – CNEWS 29 Juillet 2026

Entre des messages officiels contradictoires et une vague d’annulations qui frappe jusqu’aux zones épargnées, le tourisme girondin traverse une saison critique.
Invité de CNEWS, Didier Arino, directeur général de Protourisme, dresse un état des lieux sans détour et plaide pour une forme de tourisme solidaire.

Une communication gouvernementale « plus qu’hasardeuse »

Face aux incendies, la parole publique a semé la confusion plutôt que de rassurer. Les messages se sont enchaînés, parfois contradictoires, parfois tout simplement erronés.

Dans un premier temps, le ministre de l’Intérieur a annoncé la fermeture de l’aéroport de Bordeaux, qui n’a en réalité jamais fermé. La préfète a ensuite dissuadé l’ensemble des touristes de se rendre dans la région. Avant que le ministère du Tourisme n’opère un rétropédalage, appelant au contraire les vacanciers à venir.

« Il y a eu effectivement une communication gouvernementale qui était plus qu’hasardeuse. »

Ces signaux contradictoires ont brouillé la lecture de la situation pour des milliers de vacanciers.

Des annulations jusque dans les zones épargnées

Sur le terrain, les conséquences sont concrètes. Les annulations se multiplient, y compris là où aucun risque n’existe.

Certaines plateformes, à commencer par Airbnb, ont fait le choix de rembourser les clients même dans des secteurs totalement préservés, comme Arcachon, qui fonctionne parfaitement normalement. Une décision qui pénalise lourdement les professionnels comme les particuliers qui louent leur hébergement.

La peur, bien réelle, est amplifiée par une méconnaissance géographique de la région et par les images d’incendie diffusées en boucle sur les chaînes d’information.

« L’essentiel de la Gironde et des Landes est tout à fait praticable et on peut passer de formidables vacances. »

L’ampleur du choc pour la saison 2026

Si Didier Arino tient à rétablir certaines réalités, il ne minimise pas pour autant la gravité de la situation.

La Gironde compte 17 millions de nuitées annuelles, dont 40% se concentrent sur les seuls mois de juillet et août. Le manque à gagner pourrait être considérable.

« Ce sera certainement deux, trois millions de nuitées qui auront été perdues, avec toutes les difficultés derrière pour les acteurs du tourisme. »

La saison 2026 est donc fortement compromise, en particulier pour les communes directement touchées, où des infrastructures ont été détruites. Pour ces territoires, le ministre Serge Papin se montre sans doute trop optimiste : ils ne rattraperont pas la saison, et même une fois le feu éteint, les visiteurs ne reviendront pas immédiatement.

L’essentiel de la région reste praticable

Il convient toutefois de distinguer les zones réellement sinistrées du reste de la région. Car l’essentiel de la Gironde et des Landes demeure tout à fait accessible.

En dehors des secteurs qui ont brûlé, on peut y passer de formidables vacances. Le littoral girondin comme le littoral landais restent une destination d’exception, pleinement opérationnelle.

Un appel au tourisme solidaire

Face à cette crise, Didier Arino propose un renversement de perspective. À l’heure où le débat public se focalise sur le surtourisme, la situation offre une opportunité inattendue.

« C’est l’occasion pour ceux qui ne connaissent pas la région de venir, parce que les lieux sont absolument fantastiques et d’avoir beaucoup moins de monde. »

Venir dans ces territoires devient aussi un geste. La solidarité, c’est aussi choisir de se rendre là où il y a eu des difficultés, et où pourtant l’expérience client peut être tout à fait formidable. Que ce soit sur le littoral des Landes ou celui de la Gironde.

Reconstruire la confiance, l’enjeu des prochaines semaines

Au-delà de l’urgence, cette crise met en lumière un enjeu de fond : la gestion de la communication en période de catastrophe. Quand les messages officiels eux-mêmes brouillent les cartes, c’est toute la confiance des vacanciers qui vacille, bien au-delà des seules zones concernées.

Pour la Gironde et les Landes, l’essentiel est désormais de faire savoir que la région reste, dans sa très grande majorité, une destination accueillante et sûre.