08 .07.2026
La Tour Eiffel ferme à 16h, le Louvre réduit ses horaires, le Mont Saint-Michel recommande de reporter les visites. Face aux épisodes caniculaires, beaucoup redoutent un effondrement du tourisme français. Invité de France Info, Didier Arino, directeur général de Protourisme, déconstruit cette crainte : la canicule ne fait pas chuter le tourisme, elle en recompose les équilibres.
Un impact paradoxalement positif
Contre toute attente, l’effet de la canicule sur le tourisme français est plutôt favorable. La raison tient à la structure même de la fréquentation : la grande majorité des touristes en France sont des Français.
Or cette année s’annonçait plus difficile, avec deux millions de nos concitoyens qui renonçaient à partir en vacances. La chaleur agit comme un déclencheur : dans les villes, l’envie de fraîcheur, d’eau et de littoral se fait pressante, et l’on observe une accélération des réservations.
Même les ménages les plus hésitants, qui doutaient de disposer d’un budget vacances, finissent par franchir le pas vers des destinations plus fraîches montagne et littoraux en tête.
Le tourisme urbain, grand perdant de la chaleur
Si les zones d’eau tirent leur épingle du jeu, le tourisme urbain est le premier pénalisé.
Découvrir une ville suppose de marcher, d’enchaîner les visites ce que Didier Arino nomme le « temps condensé ». Une pratique intense, à l’opposé du slow tourisme, et totalement incompatible avec des températures extrêmes.
« Il est évident qu’avec ces températures, la ville n’est pas adaptée au tourisme. »
Cette clientèle urbaine, qui recherche la gastronomie, la culture, les parcs et jardins, les châteaux et les musées, choisit d’ailleurs souvent l’avant-saison ou l’arrière-saison pour profiter pleinement de cette offre.
Guerre en Iran et canicule : deux phénomènes à ne pas confondre
Didier Arino tient à distinguer deux dynamiques trop souvent amalgamées. Le report de 1,5 million de Français vers l’Hexagone n’est pas lié à la canicule, mais à la guerre en Iran et à la peur de se retrouver bloqué à l’étranger.
Ces vacanciers, qui envisageaient un séjour lointain, se tournent désormais vers les destinations françaises une bonne nouvelle pour les acteurs du tourisme national, dans un contexte de pouvoir d’achat contraint.
Du côté des clientèles étrangères, pas d’annulation à craindre : les réservations sont faites trop en amont. En revanche, la canicule pèse sur leur consommation sur place.
« Si au lieu de faire quatre musées, ils n’en font qu’un seul, le niveau de dépenses va être beaucoup plus faible. »
Le vrai grand vainqueur n’est pas le tourisme
Fait souvent négligé : lors des épisodes caniculaires, les premiers bénéficiaires ne sont pas les acteurs touristiques.
Ce sont les centres commerciaux et leurs commerçants, portés par le début des soldes. Les Français y recherchent avant tout des espaces climatisés, délaissant la pleine nature comme les musées. Une redistribution de la consommation qui fait, là encore, des gagnants et des perdants.
Une offre touristique pas encore adaptée au climat
Au-delà de la conjoncture, Didier Arino pointe un enjeu structurel majeur : notre offre touristique n’est pas suffisamment adaptée à la nouvelle donne climatique.
La chaleur, en soi, n’est pas rédhibitoire. La Grèce, l’Espagne, ou Dubaï avant la guerre, ont continué de progresser année après année malgré des températures élevées. Le problème réside davantage dans l’aménagement de nos stations, de nos villes et de nos équipements.
Îlots de fraîcheur, espaces ombragés, horaires adaptés : ces investissements sont devenus indispensables. Et leur bénéfice dépasse le seul tourisme.
« On doit d’abord penser aux habitants, notamment des métropoles. »
Chez Protourisme, cette dimension du réchauffement climatique est intégrée depuis des années dans les stratégies de développement territorial pour les touristes, mais avant tout pour le bien-être des résidents.
Anticiper une évidence
Certaines stations balnéaires ont déjà engagé des efforts, en proposant notamment des activités en horaires décalés. Mais l’effort collectif reste insuffisant.
Le réchauffement climatique n’est plus une hypothèse. Pour un pays dont le tourisme est avant tout patrimonial, la France a une carte à jouer et pourrait même se montrer exemplaire. À condition de prendre, dès maintenant, des mesures à la hauteur de l’enjeu et d’intégrer cette réalité dans toutes les stratégies d’aménagement touristique.