Analyse de Didier Arino, directeur de Protourisme – Mai-Juin 2026

Épidémies de gastro-entérite à bord, cas d’hantavirus, feuilletonnage médiatique : le marché de la croisière semble traverser une zone de turbulences. Beaucoup y voient déjà un coup d’arrêt. Invité de LCI, Didier Arino, directeur général de Protourisme, remet les choses en perspective : derrière l’émotion du moment, la tendance de fond reste résolument à la croissance.

Un marché qu’on a « donné mort » de nombreuses fois

L’histoire récente invite à la prudence face aux prédictions catastrophistes. Le secteur de la croisière a déjà survécu à des crises bien plus profondes que celle qu’il traverse aujourd’hui.

« Vous savez, le secteur de la croisière, on l’a donné mort X fois, et notamment pendant le Covid. »

À l’époque, beaucoup annonçaient l’effondrement du modèle et le décommandement des navires en construction. La réalité a démenti ces pronostics. En 2025, 37,2 millions de croisiéristes ont embarqué dans le monde, contre 29,7 millions en 2019. Le marché est donc tendanciellement en croissance.

Le meilleur rapport qualité-prix du tourisme

Comment expliquer cette résilience ? Par un atout majeur, particulièrement précieux dans un contexte de pouvoir d’achat contraint : le rapport qualité-prix.

La croisière réunit en une seule formule l’hébergement, la restauration, les animations, le transport entre plusieurs destinations et des activités pour toute la famille. Un ensemble qui séduit un nombre croissant de vacanciers.

En France, 583 000 voyageurs ont choisi la croisière l’an dernier, avec un taux de satisfaction supérieur à 90%. Didier Arino le souligne avec un brin de malice : ceux qui critiquent le plus les croisières sont souvent ceux qui n’y sont jamais allés, avec leur lot d’a priori.

Il reconnaît néanmoins la nature particulière de cette expérience : une croisière, c’est accepter de partager les mêmes espaces avec de nombreuses personnes. Pour qui recherche la solitude en pleine nature, ce n’est évidemment pas la formule adaptée.

Attentisme et bonnes affaires

Les événements récents ne sont pas sans effet. Entre les bateaux de croisière bloqués dans le Golfe Persique lors de la guerre en Iran et le feuilletonnage médiatique autour de l’hantavirus, une part des voyageurs qui n’avaient pas encore réservé adopte une posture attentiste. Un réflexe parfaitement compréhensible.

Les annulations, elles, restent limitées : les croisières se réservent généralement longtemps à l’avance.

Cet attentisme a toutefois une contrepartie avantageuse pour les candidats au départ. Des offres promotionnelles particulièrement attractives sont déjà disponibles, notamment sur les croisières en Méditerranée.

« Pour ceux qui veulent partir en croisière, il y aura de très bonnes affaires. Il y en a déjà d’ailleurs. »

Une clientèle qui se transforme

Au-delà de la conjoncture, le marché connaît des évolutions structurelles qui alimentent son dynamisme. La croisière séduit de nouvelles clientèles et change de visage.

On observe un rajeunissement des passagers, une présence croissante de groupes d’amis, une recherche d’expériences toujours plus forte et un succès grandissant des formules tout compris. Autant de signaux qui témoignent de la vitalité du segment.

Distinguer l’émotion du moment des tendances de fond

Comme souvent dans le tourisme, Didier Arino invite à ne pas confondre le bruit de l’actualité avec les dynamiques profondes du marché.

Les inquiétudes sanitaires et le feuilletonnage médiatique créent une émotion réelle, mais passagère. La tendance de fond, elle, demeure claire : la croisière reste un segment dynamique et en croissance de l’industrie touristique.

Un rappel utile à l’heure où les prédictions les plus pessimistes tendent, une fois de plus, à prendre le pas sur les chiffres.