Le Coronavirus et l'évolution des pratiques touristiques

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RTL - 16/02/2020

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Publié le 21.02.2020

Le premier décès dû au Coronavirus en France vient d’être recensé. Il s’agit d’un touriste chinois de 80 ans, qui se trouvait dans un état critique depuis quelques jours. C’est le premier décès en Europe. Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme, revient sur l’impact du Coronavirus sur le tourisme depuis le début de l’épidémie, sachant que les touristes chinois n’ont plus le droit de quitter leur pays.

Le premier décès dû au Coronavirus en France vient d’être recensé. Il s’agit d’un touriste chinois de 80 ans, qui se trouvait dans un état critique depuis quelques jours. C’est le premier décès en Europe. Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme, revient sur l’impact du Coronavirus sur le tourisme depuis le début de l’épidémie, sachant que les touristes chinois n’ont plus le droit de quitter leur pays.

« Avec le Coronavirus, il y a un quasi arrêt de la venue des clientèles chinoises dans l’hexagone. Il faut savoir qu’elles représentent quasiment 2 millions de touristes qui dépensent environ 3 milliards en France. Donc bien évidemment, cela a un impact fort pour ceux qui reçoivent ces touristes chinois, essentiellement en Ile-de-France puisque 90 % des touristes chinois qui viennent en France s’y rendent. La conséquence globale c’est qu’avec une diminution des clientèles asiatiques en général, nous avons une diminution des clientèles japonaises et coréennes et puis, peu à peu, on voit bien que cette inquiétude liée au Coronavirus a des conséquences aussi pour le tourisme d’affaires. Bien au-delà de la clientèle chinoise, on a vu l’annulation d’un énorme salon du mobile à Barcelone qui attendait plus de 100 000 personnes, avec des conséquences économiques tout à fait considérables (près de 400 millions d’euros). Et puis, on le voit bien, les touristes hésitent à voyager, et d’ailleurs nos touristes Français hésitent aussi à partir à l’étranger et notamment dans les destinations asiatiques. Donc, on voit bien que cette situation, qui est pour l’instant pénalisante, pourrait être aussi une chance pour la destination France ».

Ce que l’on se demande, c’est comment les Français vont changer leurs habitudes. Ceux qui prévoyaient de partir en Asie et ne le feront pas resteront-ils en France à la place ? 

« On voit une accélération des réservations des clientèles européennes vers la France. La destination France est très bien réservée pour cet été avec une avance par rapport à l’an passé, d’abord parce que les clientèles françaises décident de rester dans l’hexagone en plus grand nombre, et puis parce que nos voisins Européens (qui représentent tout de même près de 80 % des touristes étrangers) hésitent eux-mêmes à voyager en Asie et à prendre des destinations long-courriers. La destination la plus proche pour nos amis Européens, c’est la France. Donc au final, nous pourrions être gagnants, en quelque sorte, de cette mauvaise passe touristique au niveau mondial. A une seule condition : que le Coronavirus ne s’étende pas vers d’autres continents, parce que dans ce cas, on passerait dans une logique de pandémie avec un impact tout à fait considérable pour le tourisme mondial. Déjà, les compagnies aériennes sont affectées par la baisse de la fréquentation touristique en règle générale, et puis les agences touristiques et les tours opérateurs voient ces dernières semaines leurs réservations diminuer. 

Concernant la séparation entre Paris, l’Ile-de-France et le reste de l’hexagone, dans le cas où réellement les touristes choisiraient la France, on voit bien que pour l’Ile-de France, c’est compliqué depuis un an, avec tout d’abord une mauvaise image liée aux troubles sociaux, aux différentes manifestations et aux violences que l’on a pu avoir à Paris. Ensuite, l’Ile-de-France est très dépendante des clientèles lointaines et lorsqu’il y a une crise sanitaire, une crise géopolitique, c’est elle qui est la plus touchée. C’est aussi celle qui bénéficie, lorsqu’il y a une croissance du tourisme mondial, de la plus forte progression. En revanche, la province est nettement moins, pour ne pas dire quasiment pas, impactée, à part quelques grands événements. Et la France, en dehors de l’Ile-de-France, pourrait être la grande gagnante de cette crise sanitaire en reconquérant les clientèles européennes qui nous avaient boudée ces 2 dernières années. »

Dans l’espérance que cette épidémie ne se transforme pas en pandémie et qu’elle soit stoppée complètement.

Face à ce phénomène, on pourrait penser que les touristes anticipent sur les mois à venir ?

« Ce que l’on constate aussi, c’est une prise de conscience très forte des clientèles touristiques, des vacanciers Français, de l’importance de préserver l’environnement. Donc on a à la fois une conjonction de facteurs entre le Coronavirus mais aussi la petite musique qui consiste à dire que voyager loin c’est polluer. Il y a les effets de Greta Thunberg qui commencent à vraiment infuser dans le comportement des vacanciers Français. Nous l’avons constaté au travers d’une étude sur les touristes et l’environnement et ce que l’on voit, c’est que 37 % des vacanciers Français envisagent de choisir des vacances en tenant compte de l’environnement, avec plusieurs conséquences. La première, c’est de partir moins loin, et ça, c’est au bénéfice de la destination France. La deuxième, pratiquer des activités moins impactantes, et on voit bien que cette prise de conscience est importante : il y a tout de même 20 % des sondés qui  disent vouloir renoncer à prendre l’avion et 15 % à partir à l’étranger. Nous sommes tout de même sur un changement de paradigme : le tourisme, ce n’est pas forcément de partir très loin, d’aller dans les destinations à la mode. Et il y a aussi la volonté de moins aller dans les destinations fortement fréquentées, où il y a du sur-tourisme. Il  devient de plus en plus fréquent que des clientèles décident de ne pas aller dans les grands spots touristiques parce qu’ils les estiment sur-fréquentés, donc on voit bien qu’il y a un changement. »

Au niveau du Carnaval de Venise, qui se présente comme un exemple flagrant de la baisse de fréquentation par rapport aux autres années, on présente comme raison l’épidémie du Coronavirus. 

« L’épidémie du Coronavirus et certainement aussi le fait que les vacanciers hésitent et ne veulent plus aller dans des destinations sur-fréquentées qui apparaissent comme un petit peu trop artificielles, avec comme pendant le fait de rechercher des  destinations plus authentiques avec des hébergements moins impactants pour l’environnement, et avec des activités douces. On le voit bien avec le développement de toutes ces  activités en pleine nature, le succès du vélo, des activités non motorisées… Les acteurs du tourisme et la destination France – qui est une des premières destinations mondiales, la première en terme de flux et la troisième ou quatrième en terme d’impact économique – a tout intérêt à s’orienter  vers ces nouvelles formes de tourisme. Les vacanciers recherchent aussi à moins prendre leur voiture. On le voit avec le succès du train et du covoiturage. Là aussi, les destinations qui sont moins desservies ont plus de chances d’avoir une augmentation de leur fréquentation tout au long de l’année. Véritablement, le monde du tourisme est en train d’évoluer considérablement. Cela s’est traduit l’an dernier avec la faillite de Thomas Cook, qui était véritablement le symbole du tourisme de masse. On est rentrés dans une logique de tourisme beaucoup plus doux, beaucoup moins impactant, et un besoin très fort de sécurité de la part des vacanciers. Donc dès qu’il y a un problème géopolitique ou sanitaire, on voit bien qu’il  y a un certain repli sur le pays dans lequel ils habitent et cela est véritablement une tendance forte pour l’année 2020. »

Ce que l’on voit, c’est que toutes les grandes métropoles qui accueillent énormément de clients internationaux sont celles qui sont les plus impactées : évidement il y a Barcelone, Madrid, Amsterdam, Paris, Londres. Toutes ces grandes destinations, ces grandes métropoles, sont impactées. A l’inverse, les destinations qui dépendent plus des clientèles européennes et de clientèles de leur propre pays, celles-là le sont beaucoup moins. Ce que l’on voit aussi, et ça, c’est un élément important, c’est que dans les réservations, tous les hébergements qui sont des hébergements écoresponsables, écologiques ou des destinations plus en phase avec la nature – notamment le camping – ont un franc succès avec des réservations en très forte hausse pour les chaînes de campings de type Flower, Sunélia, Sandaya. C’est vraiment très très fort cette année. La destination France peut bénéficier de cette situation. C’est une bonne chose pour notre économie qui avait été touchée ces derniers temps par les différents mouvements. Rappelons que le tourisme en France représente 7 % du PIB dans l’hexagone, et que c’est un secteur qui continue de créer des emplois année après année ».

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