Covid-19 : doit-on faire une croix sur nos vacances d’été ?

Publié le 16.04.2020

Va-t-on pouvoir partir en vacances cet été ? Est- ce que la crise va transformer notre façon de voyager ? comment le secteur du tourisme peut-il s’adapter pour survivre à cette crise ?

Le tourisme est à l’arrêt. Les vacances de Pâques sont déjà perdues pour les professionnels et l’on s’attend à la même chose pour les ponts de mai. Pour cet été, nous ne savons toujours pas si l’on va pouvoir voyager. Qu’attendez-vous de l’allocution du Président de la République le 13 avril à 20h ?

 

« Nous attendons tout simplement une clarification sur ce qu’il sera possible de faire ou pas. A l’heure actuelle, les acteurs du tourisme – c’est-à-dire près de 2 millions d’emplois, 4 millions avec les emplois induits, 6 millions si l’on prend la totalité de la filière (transports et commerces liés au tourisme) – attendent de savoir ce qu’il sera possible de faire. Bien évidemment, on comprend à l’évidence que le Président de la République ne peut pas donner toutes les réponses, mais à minima il serait utile qu’il dise « il n’y aura pas d’activité touristique avant telle date » de façon à ce que les opérateurs du tourisme puissent se préparer. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, il y a plus d’un million de personnes dans le secteur du tourisme qui sont sans emploi, entre les emplois salariés et les emplois non-salariés, il y a 50 000 saisonniers qui sont en attente d’embauche ou pas, et il y a des acteurs du tourisme qui sont obligés de décaler tous les quinze jours les réservations des clients. »

 

Qu’est-ce que ça changerait d’avoir une réactualisation concernant le confinement non plus tous les quinze jours mais à plus long terme ?

 

« Actuellement, le décalage des séjours touristiques est jusqu’au 15 avril, donc c’est demain ! Les acteurs du tourisme ne peuvent absolument pas dire à leur client de ne pas venir car ils seraient dans l’obligation de les rembourser. Ils doivent donc attendre et tout ce flou est préjudiciable pour les professionnels mais aussi pour les clientèles touristiques qui elles ne savent pas si elles pourront aller dans leur destination de villégiature. Elles se doutent bien que cela ne sera pas possible au mois d’avril et peu probable au mois de mai, mais il faudrait au moins qu’il y ait une clarification en disant « les acteurs du tourisme ne seront pas ouverts avant début ou 15 juin » par exemple, mais en tout cas il faut le savoir. »

 

Quelle est selon-vous la date limite pour permettre une relance de l’activité touristique globale ?

 

« La priorité est la santé de nos concitoyens. C’est une évidence, et si l’on peut avoir un motif d’espoir, dans l’histoire de l’humanité pour la première fois nous avons mis l’humain avant l’économique. C’est-à-dire que pour sauver les plus faibles, nous avons mis à l’arrêt cette activité, et le tourisme est très attaché à cette dimension. Le tourisme, c’est de la rencontre, du partenariat, de la découverte, de l’échange. Mais il faut que le gouvernement donne des indicateurs fiables et surtout qu’il pose les conditions : Les piscines seront-elles ouvertes dans les hébergements touristiques ?  Y-aura-t-il la possibilité d’aller au restaurant ? De voyager dans les conditions d’une certaine liberté de mouvement ? Y-aura-t-il fermeture des frontières ? » 

 

Faut-il que tout cela soit réglementé ? Car imaginer l’application des gestes barrières dans une piscine bondée ou un camping où il y a foule est compliqué. 

 

« Il faut faire des tests pour savoir si le Covid se développe dans une piscine chlorée. Ce n’est pas au dernier moment qu’il faudra se poser ce type de questions. Si l’on doit appliquer des mesures de distanciation, autant les prévoir d’ores-et-déjà. Il est évident, compte tenu de l’évolution sanitaire, que le problème du Covid n’aura pas disparu d’ici l’été. »

 

On a entendu le Secrétaire d’Etat chargé des Transports  dire d’attendre avant de réserver, puis finalement Elisabeth Borne dire que c’est plus compliqué que cela… Qu’est-ce que vous vous anticipez ?

 

« Il y a un certain flou dans la communication gouvernementale. Ce que l’on peut anticiper, c’est qu’il sera compliqué de partir à l’étranger. Les compagnies aériennes prévoient seulement 50 % du trafic dans 5 mois. Autant dire que pour l’été, cela va être délicat. Imagine-t-on des trains, des TGV bondés, circulant cet été ? Imagine-t-on des clientèles faisant appel à Blablacar en montant dans la même voiture que quelqu’un qu’elles ne connaissent pas ?  A l’évidence, cela va être un tourisme franco-français, si tourisme il y a. Cela sera un tourisme individuel où les gens prendront leur voiture, donc c’est aussi toutes ces règles qu’il faudra définir. Je ne suis pas certain que l’on soit plus en danger dans un camping ou un hôtel qu’en allant faire ses courses à l’hypermarché, mais là aussi il faudra donner des règles du jeu aux professionnels du tourisme, faute de quoi il n’y aura pas de saison touristique et dans ces cas-là, ils sont dans l’obligation de l’anticiper. Ce secteur est primordial pour l’économie française et surtout pour bon nombre de territoires pour lesquels l’activité touristique est l’essentiel de leur revenu à l’instar des destinations du sud de la France notamment, du littoral ou de la Corse. »

 

Est-ce que les taux de réservation sont particulièrement faibles en ce moment ?

 

« Les taux de réservation sont actuellement à 5 % de ce qu’ils étaient l’an dernier. Ils sont donc quasiment nuls. En revanche, il y avait une très forte envie de nos concitoyens de partir en vacances : avant le Covid, il y avait une hausse de 7 % dans les réservations par rapport à l’an passé. Nous imaginons aisément que les clientèles attendent avant de réserver. En revanche, tous ceux qui auront été confinés pendant plus d’un mois ou deux, peut-être plus, auront envie de sortir et de profiter. Encore faut-il les accueillir dans de bonnes conditions. Certains acteurs du tourisme voient assez peu d’annulations, en revanche ils ont peu de réservations. Il y a aussi ceux qui ont réservé pour juillet/août et qui attendent des réponses pour savoir s’ils vont pouvoir partir en vacances dans de bonnes conditions. »

 

Si on veut réserver vous nous conseillez plutôt la France mais pensez-vous qu’il y aura un périmètre à observer ?

 

« Il faudra que le gouvernement donne des réponses. Mais surtout, l’ordonnance 2020 315 – qui protège à la fois les professionnels et le consommateur – dit tout simplement que si l’on a réservé un séjour touristique par un opérateur en France et qu’il doit être annulé pour cause de Covid, le client doit bénéficier d’un avoir qu’il pourra utiliser dans les 18 mois, et s’il ne l’a pas utilisé, il sera remboursé. En revanche, je déconseille fortement à nos concitoyens de réserver via des plateformes à l’étranger ou de réserver entre particuliers sans connaître les conditions de vente. Les assurances que l’on peut avoir via les cartes de crédit ne fonctionnent pas pour le Covid ou les cas de force majeure. Ce qu’il faut regarder, ce sont les contrats des acteurs et des opérateurs du tourisme. Il y a tous les acteurs sérieux – comme les opérateurs des hébergements touristiques (les campings Flower et Sunélia, le Club Med pour les villages de vacances) ou les agences de voyage traditionnelles – avec lesquels vous avec une garantie. En revanche, il faut éviter d’aller réserver son billet d’avion vers une compagnie low-cost ou une compagnie à l’étranger, car il sera très compliqué cette année de partir à l’étranger, comme il sera compliqué pour les clientèles étrangères de venir dans l’hexagone. Elles étaient l’an dernier 17 millions à être venues dans notre pays. Cela va donc être une perte immense, qui peut être en partie compensée par les 9 millions de Français qui étaient partis à l’étranger et qui resteront en France. La France recèle de territoires absolument merveilleux, de la Côte de Granit Rose en Bretagne jusqu’à la Côte Basque, de l’ensemble de l’Occitanie avec le littoral et l’arrière-pays. Nous avons de quoi passer de belles vacances, certainement avec quelques règles, mais nos concitoyens seront beaucoup mieux dans un univers de vacances que chez eux. Ils auront peut-être envie de retrouver leurs amis, de partager et d’être dans une dimension de plaisir. Même si l’on est dans un moment dramatique, la vie continue et bien évidemment, ce que je souhaite, c’est de merveilleuses vacances à l’ensemble des Français qui pourront partir. »

 

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