Coronavirus : le tourisme très impacté. Au point mort jusqu’à quand ?

Publié le 21.04.2020

Le tourisme est à l'arrêt depuis le début du confinement. Les perspectives pour les vacances d'été sont pour le moment très floues.

« Dans sa déclaration, le Président de la République a parlé d’ouverture plus tardive des hôtels. Mais les hôtels sont ouverts aujourd’hui, il n’y a pas de fermeture administrative des hôtels. Ceux qui sont fermés, le sont faute de clients. Il ne faut pas confondre l’hôtellerie qui dépend très fortement des clientèles étrangères (notamment sur Paris) et des clientèles d’affaires/de congrès, et le reste du territoire. Il y a près de 2 millions de personnes, aujourd’hui, qui sont sans emploi dans notre secteur : dans la restauration, l’hébergement touristique, les villages de vacances, les campings, les résidences de tourisme… Mais si l'on compte les emplois indirects, ce sont 2 millions d’emplois indirects, ce qui fait 4 millions au total. Et si l’on prend les emplois induits, c’est 6 millions de personnes qui travaillent peu ou prou en lien avec le secteur du tourisme. Le danger est que s'il n'y a pas de saison estivale, nous allons avoir à minima 2 millions d’emplois impactés dans les mois qui viennent. C’est un chiffre tout à fait colossal. Le tourisme, rien qu’au printemps, c’est 35 milliards d’euros de perdus. Mais si on prend la saison estivale (juillet-août), c’est 50 milliards. Cela veut dire que ce sont de nombreuses destinations, notamment dans les stations balnéaires, les campagnes, en montagne, dont les acteurs économiques vont disparaitre, notamment les commerces qui sont ouverts le reste de l’année grâce au complément de la saison estivale. Il faut donc prendre ce secteur avec sérieux, et nous constatons des incohérences dans les choix gouvernementaux. Comment peut-on expliquer que nos enfants vont reprendre l’école et bénéficieront d’une cantine scolaire alors que c’est une formule buffet et que les restaurants sont fermés ? Comment peut-on expliquer qu’il y ait une distinction entre les hébergements alors que lorsqu’on est dans un mobil-home dans un camping, l’autre mobil-home est souvent à 30m ? Comment peut-on expliquer que nous allons interdire les villages de vacances, alors que l’on peut aller faire ses courses dans un hypermarché ? Et au-delà de l’aspect économique et social, il y a l’aspect psychologique : on le voit, certains français sont déprimés, ils ont besoin de se projeter dans l’avenir et les vacances, c’est fondamental, c’est dans notre ADN. »

 

« La France, c’est 3400 km de côte, dont 40 % de plages et de dunes. Nous avons plus de 1200 km de plages dans l’hexagone. Qu’y aura-t-il de plus dangereux ? Avoir des urbains déconfinés qui vont se se concentreront dans les parcs, en bord de fleuve ? Qu’on puisse éviter de partir à l’étranger, cela se comprend. Il y aura très peu de vols, les compagnies aériennes prévoient 50 % du trafic avant-Covid dans 5 mois et 180 pays sont fermés. Nous avons suffisament d'espaces naturels en France faisant la richesse de notre pays. Nos patrimoines multiples laissent le choix pour partir en villégiature, se ressourcer, se remonter le moral, rencontrer ses amis, se retrouver en famille, que nos enfants puissent retrouver des moments de bonheur. Bien évidemment, il y a le traitement sanitaire de la crise. Des mesures draconiennes de distanciation peuvent suffire. »

 

Comment imaginer pouvoir contrôler les distances de sécurité sur les plages ? 

 

« Il faut faire preuve de bon sens. Quand vous allez en Bretagne ou sur la Côte de Granit Rose, il n’y a pas de sur-fréquentation, et dans bon nombre d’espaces non plus. Il est où le sur-tourisme en France ? On a plutôt le problème d’un sous-tourisme sur 80 % de notre territoire. Bien évidemment à certains endroits, il faudra contrôler l’accès aux plages. Peut-être faudra-t-il mettre des mesures dans les lieux où il y a une très forte fréquentation, n’accepter que ceux qui ont un hébergement touristique. Mais sinon, cela va ressembler à quoi ? Des vacances uniquement pour les riches ? Ceux qui auront les moyens de se louer une maison avec piscine pour recevoir leurs amis pendant que l’ensemble de la population n’aura pas droit aux vacances ? Il y a nécessité de solidarité avec nos agriculteurs, nos producteurs, nos viticulteurs, ceux qui travaillent les produits du terroir, nos pêcheurs : 50 % de la pêche française est écoulée via les restaurants. Il faut aussi une solidarité avec ceux qui ne partent qu’une seule fois en vacances, l’été. C’est plus de 20 millions de Français. L’an dernier en juillet, il n’y avait pas de sur-fréquentation touristique. La fréquentation touristique forte, c’est sur les 15 premiers jours du mois d’août. Cette année, nous n’aurons pas les 17 millions d’étrangers qui étaient venus durant l’été dernier. Il faut faire preuve de bon sens, de mesure, d’intelligence collective : nous pouvons trouver les solutions pour ne pas être dans la caricature des plages bondées. Des mesures peuvent être prises par les acteurs du tourisme : peut-être que dans un village de vacances accueillant 500 personnes on pourra n’en recevoir que 250, idem dans les restaurants où l’on peut réduire la fréquentation en instantané. Nous pouvons limiter la fréquentation et faire respecter une distanciation sans que tout ne soit fermé. Tout ce qui est excessif est dérisoire, et là nous sommes dans l’excès quelque part. Nous pouvons trouver des solutions, les acteurs du tourisme y travaillent. C’est une question de bien-être psychologique pour nos concitoyens, c’est une question économique mais c’est surtout une question sociale. On peut concilier le tout, cela va être compliqué mais il faut s’y préparer. »

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