Le débat : Le ski a-t-il un avenir ?

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Europe 1 - 20/02/2020

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Publié le 24.02.2020

La Ministre de l’Ecologie reçoit un certain nombre de représentants de stations de ski, après l’image de la neige livrée par hélicoptère dans les Pyrénées, dans le domaine skiable de Luchon Superbagnères. « Enneiger les stations de ski, n’est pas une voie possible » dit la Ministre.

Les participants : Didier Arino, Directeur général associé du cabinet Protourisme, et Yves Dimier, Directeur de la station de Val Cenis.

 

Est-ce que c’est fréquent qu’on amène de la neige dans les stations par hélicoptère ?

YD : C’est exceptionnel comme cet hiver est exceptionnel puisque doux et que des massifs comme Les Pyrénées ou autres ont des difficultés avec l’enneigement. Mais il y a d’autres massifs où il y a de la neige actuellement. Et puis, il y a 2 ans, il y a eu l’un des hivers les plus enneigés du siècle, donc cette pratique est vraiment exceptionnelle et permet de sauver beaucoup d’emplois. Et avec du recul ça a très peu d’impact, même si on est conscient que ce sont des choses à ne pas faire et qu’on comprend que cela puisse choquer.

DA : L’enjeu, c’est un enjeu d’emploi mais pas seulement. Il faut d’abord que l’on raisonne nos stations de montagne pour un tourisme 4 saisons ; ça ne peut pas être des stations qui ne vivent qu’en espérant la neige quelques mois de l’année. Il y a différentes stations de montagne : les stations de moyenne montagne en dessous de 16 000/17 000 mètres qui vont avoir de plus en plus de mal à garantir une skiabilité avec le réchauffement climatique ; celles qui sont au-dessus de 1 800 mètres, notamment les Alpes du Nord, qui n’ont pas de problème. On doit donc se poser la question de ce que doit être le modèle pour celles dont l’enneigement n’est pas garanti. Il y a nécessité pour bon nombre de stations de raisonner un tourisme 4 saisons et de ne plus compter que sur l’éventuelle possibilité d’un bon taux de skiabilité.

 

Est-ce que les Pyrénées doivent faire une croix sur le ski ?

DA : Il y a des stations dans les Pyrénées au-dessus de 1 800 mètres où il y a énormément de neige, il y a une station comme le Grand Tourmalet qui a la possibilité de proposer un bon niveau de skiabilité, puis il y a des stations qui ont insuffisamment investi ces dernières années : certaines ont la nécessité d’avoir de la neige de culture pour permettre d’avoir une bonne skiabilité et puis il y a celles pour lesquelles on peut se demander si dans 10, 20, 30 ans elles seront en capacité d’ouvrir et de permettre aux skieurs d’avoir une qualité de ski. Alors on risque effectivement de se retrouver dans les situations que vous évoquiez avec une course effrénée sans garantie d’enneigement. Donc bien évidemment, les modèles doivent être revus pour bon nombre de stations et c’est aussi le modèle de la station de montagne qui doit être revu. On a utilisé un modèle qui était de croire qu’il suffisait de mettre des lits touristiques pour générer de la fréquentation touristique, il y a nécessité à renouveler les skieurs, donc à voir aussi des classes de neige, de l’hôtellerie, des villages de vacances, et pas seulement des stations qui sont dans un modèle perdu. On a des problématiques très différentes selon les stations, l’altitude, les massifs…

 

Yves, avez-vous déjà observé les effets du réchauffement climatique ? Est-ce que vous avez commencé à réfléchir à revoir votre modèle ?

YD : Il est difficile d’observer sur un temps très court qu’il y a de moins en moins de neige mais on est conscient que le climat évolue et on fait des efforts pour contrer ce changement climatique. On sait que le ski reste le produit phare le plus attractif pour les clients, mais pas que. Les clients sont de plus à la recherche d’émotion dans d’autres activités. On propose par exemple de plus en plus de sentiers piéton, sentiers de balades en raquettes, on a la chance d’avoir des visites de la coopératives laitière avec des dégustations de produits locaux, on a une piscine et un espace bien-être…

 

On comprend les enjeux de diversifier les activités pour ne pas seulement attirer des skieurs. Malgré tout, à Val Cenis, vous avez un projet d’extension du domaine skiable avec plusieurs autres stations voisines, la construction de nouveaux télésièges… Vous allez étendre la station vers des altitudes plus élevées ?

YD : Ça n’est pas tout à fait ça mais nous avons un projet de développement qui dure depuis 10 ans, sachant que le développement comme dans toute activité économique fait partie de la survie des activités. Par contre, on les réfléchi complètement sur le développement durable, c’est-à-dire qu’on pense au ski mais pas que ; ce sont aussi des installations qui vont servir à l’été, au printemps, à l’automne, pour pouvoir monter des gens faire de la randonnée pédestre et faire des activités comme le VTT.

 

Des réserves ont-elles été émises par la mission régionale d’autorité environnementale de votre région Auvergne Rhône Alpes qui dit que ces extensions de domaine skiables sont susceptibles de causer des dommages irréversibles à des milieux écologiques d’une valeur exceptionnelle. Est-ce que c’est vraiment l’avenir d’étendre encore les domaines skiables ?

YD : Je ne dis pas que c’est l’avenir mais en tout cas les montagnards sont les premiers à faire attention à leur environnement. Par exemple, Val Cenis, qui est la 2ème plus grande commune de France en superficie, a 80 % de son territoire dans un domaine protégé, ce qui veut dire qu’on fait très attention. Je ne pense pas que l’extension soit contradictoire car elle représente une faible superficie de notre domaine skiable. Et on essaye de le faire intelligemment avec notamment un observatoire environnemental, on peut mettre en valeur ces zones protégées et encore plus renforcer cet aspect nature pour éviter que les gens aillent dans certaines zones et qu’ont les cantonne sur d’autres zones. Je pense que les deux sont compatibles.  

 

Didier, est-ce qu’aller chercher de la neige plus haut est l’avenir ?

DA : Pour certaines stations, c’est l’avenir bien évidemment. Tout d’abord le taux de couverture en neige de culture en France est seulement de 30 % alors qu’il est de 48 % en Suisse et de 60 % en Autriche, et on ne peut pas dire que le modèle de développement de l’Autriche soit un modèle qui ne tienne pas compte de l’environnement. Donc il faut éviter d’avoir des a-priori et des jugements à l’emporte-pièce. En revanche, il y a un certain nombre de stations évidemment pour lesquelles ce modèle n’est pas le bon, c’est-à-dire qu’il va falloir qu’elles diversifient leurs activités. Il y a une formule « le tout ski c’est fini » mais pour bon nombre de stations sans le ski tout est fini. Il y a des emplois à la clé. Ça suppose d’avoir un modèle de développement qui est en prospective, et nous avec notre partenaire Dianeige et Météo France, dans les stratégies de développement des stations on a le raisonnement suivant : quel sera l’enneigement d’ici 20, 30, 40 ans ? Il ne faut pas avoir de tabous, dans certains endroits il faudra retirer des remontées mécaniques, dans d’autres endroits il faudra des ascenseurs valléens pour amener les clientèles un peu plus haut sans qu’elles aient à prendre leur voiture parce que là aussi c’est polluant, ça suppose de diversifier les activités et il y a de très bons modèles en la matière.  Il y a énormément d’acteurs de la montagne qui sont dans un modèle vertueux. Par exemple le Massif du Sancy a intégré depuis 10 ans le fait que de temps en temps il n’y a pas de neige et qu’il faut de temps en temps proposer des activités alternatives, la station Peyragudes vit tout au long de l’année et pas seulement à la période hivernale. On doit donc avoir des modèles qui soient adaptés à la fois à l’environnement, aux capacités de cette nature à supporter des investissements et la création de nouveaux équipements et puis on doit avoir un modèle vertueux pour que ces vallées vivent à l’année et ne soit pas seulement dépendant d’une hyper-saisonnalité. C’est valable pour les stations de montagne et pour le tourisme français en règle générale. On ne pourra pas vivre en ne comptant que sur 4 mois de l’année, il est indispensable d’intégrer un développement tout au long de l’année pour avoir des emplois pérennes et non pas des emplois saisonniers. Il est clair que l’on ne peut pas vivre en travaillant seulement 3 ou 4 mois de l’année et ensuite en percevant des allocations au chômage. Ce modèle a été basé sur des investissements publics à la charge de la collectivité et en même temps les retours économiques uniquement pour les privés. Il doit y avoir un équilibre en la matière. Il y a d’autres pays qui ont choisi d’autres modèles pour le développement des stations, nos concurrents prennent des parts de mâché et n’oublions pas une chose c’est que créer des équipements c’est bien beau, encore faut-il avoir un renouvellement des skieurs et il y a une génération, notamment les plus jeunes, pour lesquels ça ne leur semble pas indispensable d’aller à la montagne pour faire du ski parce que ça coûte cher et mettez-vous à la place d’une clientèle qui a beaucoup dépensé, elle veut avoir la garantie d’un séjour réussi.

 

On termine en allant dans l’Aveyron, avec Séverine Dijols-Valenq, Directrice de l’Office de tourisme de Laguiole, dont le sommet de la station monte à 1 400 mètres, et chez vous, vous avez acté la fin du ski

SDV : Ça n’est pas complétement acté mais on pense en effet que se tourner vers un tourisme de 4 saisons pour avoir de l’activité à notre station de ski autant l’été que l’hiver ; autant sans neige qu’avec neige et cet hiver il a fallu mettre en action les réflexions que nous avons eu et proposer des activités pour nos vacanciers. Cette année les remontées mécaniques ont eu une toute petite ouverture d’une 15aine de jours seulement et on n’a pas pu faire fonctionner les canons à neige car il ne faisait pas assez froid. Economiquement, la station de ski était déjà portée par la commune de Laguiole et est chaque année un petit peu en déficit ou arrive à simplement atteindre l’équilibre. Il n’y a pas eu d’emplois de saisonniers pour cet hiver, ça a été réduit au minimum, donc c’est pus difficile pour le village économiquement. Les hôtels qui restent ouverts toute l’année, les commerces… c’est une vie qui nous permet d’avoir une fréquentation toute l’année et pas seulement entre avril et novembre.

 

Didier Arino, le ski dans les 10/20 ans à venir sera réservé à des stations de haute montagne ?

DA : Il est évident que ça sera beaucoup plus compliqué et que le modèle est un modèle à revoir pour les stations qui seront, suivant les massifs, en-dessous de 1500 à 1700 mètres car ce réchauffement climatique est une réalité et certaines stations devront fermer dans les années qui viennent, une cinquantaine de stations certainement. On ne peut pas continuer, à coup d’argent public, à coup de durée d’ouverture très faible, d’emplois saisonniers sur des saisons hyper courtes avoir un modèle de stations de ski demain. Amener de la neige par hélicoptère n’est pas une solution, mais maintenant il faut se mettre à la place de ces stations, les skieurs étaient là, ça n’est que 50 m3. Ça fait polémique, mais il faut aussi penser à nos comportements au quotidien quad on prend sa voiture pour aller chercher sa baguette à 1,5 km c’est aussi un problème. En revanche ce qu’il y a de clair c’est que ce modèle des stations il faut le revoir, il est dépassé

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